Une société de plus en plus portée sur la surconsommation
Tout semble avoir pris des proportions gigantesques autour de nous ces dernières décennies. Nos maisons ont grandi de 55 % depuis 19841, nos véhicules sont devenus 25 % plus lourds en 25 ans2, et nos écrans de télé sont passés de 26 à 98 pouces. Même nos portions au restaurant ont doublé, voire triplé3! Cette course à la démesure a des conséquences. Elle révèle un phénomène plus profond qui influence directement notre bien-être: la surconsommation.
Les effets cachés de la surconsommation sur notre santé
Le stress mental de l’encombrement
Vivre avec 300 000 objets en moyenne4, comme c’est le cas dans une maison américaine typique (et la tendance québécoise n’est pas si différente), peut créer un stress insoupçonné. Ce trop-plein d’objets demande une attention constante: il faut les ranger, les nettoyer, s’en souvenir, les gérer.
La surconsommation peut aussi nuire à nos relations sociales. Si nos fins de semaine sont occupées par le magasinage ou l’entretien de nos nombreux objets, on perd des occasions précieuses de contact humain.
Surconsommation et pression financière
Renée Ouimet, directrice du Mouvement Santé mentale Québec, note que certaines personnes vivent un stress énorme à cause de leurs habitudes de consommation. «Ce stress financier peut devenir un piège. On consomme pour se réconforter ou pour être à la hauteur, ce qui augmente le stress financier, qui nous pousse à consommer davantage pour se réconforter.» On se trouve dans un cercle vicieux.
Consommation excessive et santé physique
La surconsommation ne se contente pas de vider notre portefeuille. Elle influence aussi nos choix alimentaires. Faute de temps, on opte plus souvent pour des aliments ultratransformés, qui ne sont souvent pas locaux, et surtout riches en sucre et en graisses saturées. Cette consommation excessive peut augmenter les risques de maladies chroniques comme le diabète et les troubles cardiovasculaires.
Le manque de temps causé par notre rythme de consommation touche également notre activité physique. Quand on travaille toujours plus pour payer nos achats ou qu’on cherche constamment à acquérir de nouvelles choses, bouger passe souvent au second plan. Cette sédentarité, combinée à une moins bonne alimentation, nuit doublement à notre santé.
Après tout, la vraie richesse ne se mesure peut-être pas en nombre d’objets possédés, mais en qualité d’expériences vécues.
Pourquoi on tombe dans le panneau de la surconsommation?
Le piège de la dopamine et du système de récompense
La surconsommation, c’est consommer au-delà de la normale. Mais où se situe la «normale» aujourd’hui?
Le problème, c’est que chaque achat déclenche une petite dose de dopamine, l’hormone du plaisir. «Notre société nous pousse à consommer. Et quand on consomme, ça active notre système de récompense», explique Renée Ouimet.
Cette mécanique repose sur un bombardement publicitaire sans précédent. En 2025, on voit de 6 000 à 10 000 publicités par jour5. C’est comme si nos écrans nous chuchotaient en permanence: «Tu sais ce qui te ferait du bien? Cet objet-là!» Et ça marche, même quand on essaie d’y résister.
L’automatisme de l’achat qui réconforte
Dès l’enfance, on apprend que les objets matériels sont des récompenses «On récompense souvent les enfants en leur achetant des jouets ou des bonbons, pas avec des moments passés avec eux, observe Renée Ouimet. C’est plus facile, surtout qu’on manque tellement de temps!»
Cette association devient automatique. Mauvaise journée? On s’achète un café spécialisé. Semaine difficile? Direction le centre commercial. Promotion au travail? Nouveau gadget électronique.
L’influence du commerce en ligne et des réseaux sociaux
Et avec l’achat en ligne, plus besoin d’attendre l’ouverture des magasins. En quelques clics, on peut satisfaire une envie, même en pleine nuit. Cette facilité augmente les achats impulsifs, surtout avec des algorithmes qui nous proposent de nouveaux produits «parfaits pour nous».
Les influenceuses et influenceurs sur les réseaux sociaux ajoutent à cette tentation. Difficile de résister quand notre créatrice de contenu préférée nous vante un produit avec un code promo exclusif!
Les publications de nos proches ou collègues qui montrent leurs derniers achats ou des photos de voyage créent également une pression: on veut, nous aussi, faire partie du groupe, avoir les mêmes choses pour ne pas se sentir à l’écart.
Consommer moins: 4 stratégies concrètes pour reprendre le contrôle
1. Prendre conscience de ses habitudes d’achat
La première étape, c’est de ralentir. «Transformer nos habitudes demande de prendre du recul, de développer notre conscience, explique la directrice du Mouvement Santé mentale Québec. Il faut s’arrêter pour se poser les bonnes questions: ai-je vraiment besoin de cet objet ou de ce produit? Qu’est-ce que j’espère qu’il m’apporte? Combien va-t-il réellement me coûter? Quel est l’impact sur l’environnement?»
Ce moment de recul peut faire la différence entre un achat réfléchi et un achat impulsif qui finira dans un tiroir.
2. Résister à la tentation des achats impulsifs
Renée Ouimet suggère quelques ajustements simples qui peuvent nous aider.
- Ne pas enregistrer nos informations de paiement sur les sites d’achat;
- Se désabonner des infolettres promotionnelles;
- Faire le ménage dans nos comptes de réseaux sociaux pour éviter les contenus trop commerciaux;
- Attendre 24 heures avant d’acheter le non-essentiel.
Et au lieu d’accumuler des articles qui s’usent rapidement, on peut opter pour des produits bien faits qui dureront des années. Des vêtements au style intemporel, un téléphone qu’on garde plus longtemps, des meubles en bois massif… Cette philosophie s’applique à tous nos achats, même si ce n’est pas toujours facile.
«Il m’arrive d’acheter dans un élan de plaisir. Mais j’aime bien me demander qui a produit ce t-shirt à 10 $, et dans quelles conditions. Un jour, j’avais trouvé le parfait modèle de chaises pour l’extérieur, mais elles étaient en plastique, raconte Renée Ouimet. Je les aimais vraiment beaucoup. Mais au moment de passer à la caisse, je me suis dit: ces chaises sont dérivées du pétrole, elles vont se briser assez rapidement et ne pourront même pas être recyclées.» Résultat: elle a renoncé à ses chaises coup de cœur (ça n’a pas été facile!) et pris trois semaines de plus pour dénicher un autre modèle, en métal cette fois. Comme quoi, même pour une personne conscientisée, faire ces choix conscients reste un défi au quotidien.
3. S’entourer pour consommer moins
«Changer ses habitudes de consommation n’est pas toujours facile à faire en solo», reconnaît Renée Ouimet. Elle suggère de se lancer des défis de groupe. Par exemple, passer un mois sans achats non essentiels ou organiser des soirées d’échange de vêtements.
Cette approche transforme l’effort en moment de relations sociales, ce qui répond aussi à notre besoin de lien humain, sans passer par la consommation.
4. Être dans le plaisir sans consommer
Selon Renée Ouimet, plutôt que d’accumuler des objets, on peut rediriger notre énergie de la façon suivante:
- privilégier les expériences: cuisiner ensemble (excellent pour la santé et les relations!), participer aux Journées de la culture, découvrir un petit coin de verdure.
- choisir des loisirs moins énergivores: vélo, jeux de société, randonnée, lecture.
- produire nous-même: cuisine, jardinage, bricolage, couture… Des activités gratifiantes qui nous remettent en contact avec nos capacités.
- partager plutôt qu’acheter: utiliser les bibliothèques, les boîtes à livres, les banques d’outils communautaires, échanger des objets ou appareils avec les membres de notre famille, nos autres proches ou les gens du voisinage.
- Savourer le moment présent et revoir nos priorités pour consacrer plus de temps à ce qui nous fait vraiment plaisir.
- Choisir l’équipement d’occasion ou la location quand on veut essayer une nouvelle activité physique.
Consommation: trouver son équilibre
L’objectif n’est pas de se priver de tout plaisir. «On ne veut pas remettre en question le fait de se gâter de temps en temps», précise Renée Ouimet. Il s’agit plutôt de transformer nos automatismes pour que la consommation redevienne un choix conscient.
Les bienfaits durables de la déconsommation
Moins de stress financier, plus de liberté
Moins consommer, c’est évidemment dépenser moins. Mais c’est aussi se libérer de la pression de «suivre le rythme». «Consommer moins réduit la pression financière et le stress et nous permet d’agir pour l’environnement», résume Renée Ouimet.
Une meilleure santé globale
En ralentissant notre consommation, on a plus de temps pour faire des choix alimentaires réfléchis, bouger davantage et cultiver nos relations. «Cette approche plus consciente nous reconnecte à nos vrais besoins», souligne la directrice.
Aider la planète (et apaiser notre écoanxiété)
Notre surconsommation contribue directement à la surexploitation des ressources naturelles, à l’augmentation des gaz à effet de serre liés au transport de marchandises et à l’accumulation de déchets. Réduire notre empreinte environnementale réduit aussi notre sentiment d’impuissance par apport aux enjeux climatiques. Chaque geste compte, et savoir qu’on contribue positivement aide à réduire cette anxiété écologique.
Merci à Renée Ouimet, du Mouvement Santé mentale Québec, pour sa collaboration à cet article.