Ces comportements qu’on répète en boucle
- S’investir encore et encore en amour auprès de partenaires qui ne s’engagent pas.
- Procrastiner jusqu’au moment où on se sent sous pression pour enfin se lancer dans une tâche.
- Avoir tendance à encombrer son espace malgré des efforts pour faire du rangement.
- Avoir ponctuellement l’élan de prendre soin de soi en bougeant plus ou en mangeant bien, par exemple, mais arrêter après quelque temps.
- S’empresser de critiquer l’autre ou de couper le lien lorsqu’on ne sent pas qu’on nous apprécie.
- Se lancer dans des projets, mais s’autosaboter en chemin parce qu’on ne se sent pas à la hauteur.
- S’épuiser au travail parce qu’on a de la difficulté à mettre des limites aux autres et qu’on accepte une trop grande charge.
Une impression familière? On a tendance à répéter des comportements, des façons d’être et des dynamiques dans nos relations. Et ce, pour le meilleur et pour le pire!
Pourquoi répéter encore et encore?
Même lorsqu’on identifie un comportement qui nous nuit ou nous fait souffrir et qu’on se dit qu’on doit absolument le changer, plusieurs motifs nous poussent à le répéter.
Les blessures d’attachement nous poussent à répéter
Les relations tissées avec les personnes qui ont été significatives dans notre développement (parent, membre de la famille ou toute personne qui a eu une importance dans notre vie) colorent nos manières d’être en relation aujourd’hui. L’attachement créé avec ces personnes significatives sera plus ou moins teinté de blessures d’attachement (p. ex.: une relation avec un parent émotionnellement non disponible, très critique ou encore imprévisible).
Ces expériences passées sont le bagage dans lequel on puisera pour nouer de nouveaux liens. Par exemple, si on a intégré qu’on ne recevait de la considération que lorsqu’on obtenait des résultats parfaits, on pourrait avoir tendance aujourd’hui à rechercher l’approbation des autres par la performance et l’atteinte de perfection, tant au travail que sur le plan relationnel.
Les répétitions se transmettent d’une génération à l’autre
On porte souvent le poids des générations passées. Par exemple, si notre parent a été maltraité, dénigré ou agressé dans sa propre histoire, celui-ci a pu répéter ce type de comportements envers nous, sans même en prendre pleinement conscience. Des comportements, des attitudes, des façons d’être se transmettent ainsi, même par des non-dits. On sent des émotions, des sujets «tabous» dont personne ne nous parle, on est témoin de réactions qu’on ne comprend pas, mais qui nous marquent. Et on répète…
- soit des comportements semblables;
- soit, l’inverse d’un comportement d’un parent tellement on ne veut pas le répéter.
Les tentatives de trouver une solution nous amènent à répéter
Chaque fois qu’on répète un même comportement, c’est aussi une tentative de comprendre et de trouver (enfin!) une nouvelle issue, une solution de rechange ou une façon de résoudre un problème ou une situation. Les répétitions sont donc des tentatives de trouver, mais elles n’aboutissent bien souvent pas. On joue encore et encore la même scène dans l’espoir de dénouer ce qui doit l’être.
Par exemple, investir des relations amoureuses dans lesquelles on prend un rôle d’aidant ou d’aidante, comme on le faisait auprès d’un parent qui consommait ou qui était instable. Il y a là potentiellement le désir d’enfin pouvoir réussir à aider l’autre, ce qui n’avait pas été possible à l’époque avec notre proche.
S’affranchir des répétitions ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut se laisser du temps. Le temps de déconstruire ce qu’on avait construit à travers les années. Le temps de comprendre en quoi le comportement répété ne nous sert plus aujourd’hui. Le temps d’implanter peu à peu le changement de comportement désiré.
6 pistes pour se libérer des répétitions
1. Observer le comportement répété
Quel comportement répète-t-on? Dans quel contexte? Est-ce qu’on le répète avec une personne en particulier?
Par exemple, on peut avoir tendance à ne pas s’affirmer relativement aux exigences élevées des personnes en position d’autorité au travail.
2. Identifier le comportement qu’on veut changer
Qu’est-ce qu’on veut changer comme comportement? Comment pourrait-on le faire? Quelles pourraient être les solutions? Et les obstacles?
Par exemple, par rapport à une tendance à l’encombrement, on doit être en mesure d’identifier que cette situation résulte d’un surplus d’objets et, donc, qu’au-delà de l’organisation de l’espace, il convient de s’attaquer à l’élagage et de ne plus accumuler de nouveaux objets.
3. Explorer le passé familial
Est-ce qu’on observe une tendance à la transmission à travers les générations? Est-ce que d’autres membres de la famille ont manifesté un comportement similaire? Ou encore un comportement complètement inverse?
Par exemple, on a tendance à contrôler et à critiquer son ou sa partenaire, alors que c’est l’attitude qu’un de nos parents avait lui-même au sein de son propre couple, tout comme un de nos grands-parents avant lui également. On assisterait ici à une dynamique contrôlante qui a été transmise.
4. Retrouver un sentiment de contrôle
Pour arriver à avoir une prise sur le comportement qu’on souhaite ne plus répéter, on a intérêt à nous interroger sur notre responsabilité au sein de la répétition. En déterminant en quoi on contribue à la répétition, on est plus à même de savoir ce sur quoi on a du contrôle, et donc ce qu’on est en mesure de changer.
Par exemple, si notre tendance est de nous investir dans des relations dans lesquelles on sent que l’autre ne considère pas nos besoins, on peut prendre conscience que notre difficulté à nous affirmer contribue certainement à cette dynamique où on laisse toute la place aux besoins de l’autre sans nous permettre d’exprimer les nôtres.
L’idée ici n’est pas de se sentir coupable de quoi que ce soit, mais plutôt de sortir du sentiment d’impuissance.
5. Devant la peur du changement, oser
La répétition est souvent plus «confortable», moins déstabilisante, moins angoissante que le changement, qui nécessite de plonger dans l’inconfort. Et ce, même lorsque le comportement répété nous nuit ou nous fait souffrir. Répéter, c’est rester dans une zone qui nous est familière. Briser une répétition, c’est sauter dans l’inconnu.
Des questions utiles à se poser:
- Quelles sont nos appréhensions vis-à-vis du changement qu’on veut faire?
- Quelles sont les conséquences qu’on anticipe si on change?
- Comment pourrait-on y faire face?
- Si on ne change pas, que va-t-on regretter?
6. Remplacer la honte par la bienveillance
On peut ressentir de la honte lorsqu’on se voit répéter un même comportement. (Par exemple, «C’est ma faute, je suis poche, je me mets toujours dans cette situation.») On n’a pas à avoir honte de répéter un comportement: ce n’est pas par plaisir qu’on le manifeste encore et encore. La répétition est un automatisme qui dépasse notre simple volonté.
Et si on faisait plutôt preuve de bienveillance envers nous-même? Gardons en tête que chaque nouvelle situation est une occasion de faire différemment. Une occasion, donc pas une assurance qu’on pourra changer. Prenons cette occasion pour nous questionner, voir ce qui fait obstacle, se réaligner et apprendre sur soi. Répéter n’est pas un échec. Se libérer de la répétition est un processus d’apprentissage.
Merci à Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue, auteure et conférencière, pour la rédaction de cet article. Ce texte est une adaptation du chapitre sur les répétitions, tiré de son livre Trucs de psy: Guide pratique pour s’aider soi-même, publié en octobre 2024 aux Éditions de l’Homme.