Il y a quelques mois, j’ai eu une révélation. Non, pas du genre mystique, mais plutôt le genre de révélation qu’on a quand on réalise qu’on passe plus de temps à scroller sur Instagram qu’à lire. De vrais livres. En papier. Avec des pages qu’on tourne.
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu un livre à portée de main. La lecture, c’est mon refuge depuis l’enfance. Elle m’a aidée à survivre aux moments difficiles, à comprendre le monde et à me comprendre moi-même. C’est ma façon de vivre mille vies, de rencontrer des gens fascinants et de voyager sans prendre l’avion (très bon pour l’environnement, ça!).
Disons toutefois que depuis la pandémie, ma lecture se résumait surtout à dévorer des romans d’amour sur ma tablette, à «scroller» sur Instagram en même temps et à me précipiter sur les notifications qui surgissaient au beau milieu d’une phrase palpitante. Je commençais à avoir envie de varier mes lectures et de faire travailler mes neurones! C’est là que l’idée de ce défi a germé.
Mission préparation: faire le plein de livres
Avant de commencer mon expérience, je me suis lancée dans une mission d’approvisionnement digne d’une survivaliste qui se prépare à la fin du monde. Direction ma petite librairie indépendante, où j’ai dévalisé les rayons avec l’enthousiasme d’une gamine dans un magasin de bonbons. J’achète généralement mes romans d’amour en ligne (je sais, je ne m’assume pas tout à fait), mais pour les autres sortes de romans et les essais, j’aime bien me faire conseiller en personne.
J’ai craqué pour Elle investit: bâtir sa richesse grâce à la bourse, de Karman Kong, Plage Laval, de Rafaële Germain, La maison aux sortilèges, d’Emilia Hart et Le corps n’oublie rien, de Bessel van der Kolk. Un mélange éclectique qui promettait de nourrir tous mes neurones!
Deuxième arrêt: la bibliothèque municipale, pour faire renouveler ma carte de membre, poussiéreuse depuis des lustres. J’avais complètement oublié ce sentiment de richesse infinie qu’on ressent en déambulant entre les rayons. Des milliers de livres gratuits! C’est comme gagner à la loterie, mais en version culturelle. Il y a quelque chose de magique dans une bibliothèque que les Amazon de ce monde ne pourront jamais reproduire.
Pour compléter mon arsenal, les bibliothécaires sur place m’ont aussi fait plein de propositions de lectures, notamment Les disgracieuses, de Claudia Larochelle, Sur les hauteurs du mont Thoreau, de Catherine Mavrikakis, Des glaçons comme du verre, d’Isabelle Picard, et La version qui n’intéresse personne, d’Emmanuelle Pierrot.
On s’entend que je n’ai pas lu tout ça en quatre semaines, hein. Je ne suis pas une lectrice bionique! Mais j’aime lire plusieurs livres à la fois. J’avais donc de quoi m’occuper en masse durant ce mois. (Et les mois qui viennent!)
Semaine 1: Le sevrage numérique
La première semaine a été… Comment dire? Révélatrice. Mes yeux, habitués aux écrans depuis si longtemps, ont dû se réhabituer au papier. J’ai eu l’impression d’être une grand-mère qui découvre la technologie, mais à l’envers. «Comment ça, on ne peut pas zoomer sur le texte? Et où est le bouton pour régler la luminosité?»
Mes mains ont dû réapprendre le geste de tourner les pages. Au début, j’ai cherché instinctivement où «swiper»! Pathétique! Mais quelle satisfaction d’entendre ce petit bruit de papier qui se froisse! Et cette odeur… J’avais hâte au dodo pour me livrer à cette nouvelle habitude.
J’avoue toutefois qu’il m’est arrivé à quelques reprises d’être trop fatiguée pour lire une demi-heure au lit. J’ai alors troqué le livre papier pour le livre audio. J’avais le choix entre «Ma vie»: Souvenirs, rêves et pensées, de Carl Gustav Jung, Au bonheur des dames, d’Émile Zola, et Let Them, de Mel Robbins.
Bon, techniquement, les livres audio dépassaient le cadre de mon défi, mais eux aussi sont depuis devenus mes compagnons du coucher. C’est comme retomber en enfance: quelqu’un me raconte une histoire pour m’endormir. C’est profondément réconfortant, et en bonus, je n’ai plus à négocier le «encore cinq minutes»!
Semaine 2: L’apaisement
Dès la deuxième semaine, j’ai commencé à ressentir les premiers bienfaits. Le livre papier créait une vraie coupure avec ma journée de travail, comme un sas de décompression entre le chaos quotidien et le repos bien mérité.
C’était comme passer de la restauration rapide à un repas gastronomique: même fonction (se nourrir), mais les deux expériences n’ont rien à voir.
Au-delà de l’évident soulagement de mes pauvres yeux fatigués par les écrans, cette démarche commençait à m’apporter des bénéfices inattendus. Terminer ma journée par la lecture plutôt que par des stories Instagram a transformé mes nuits. Mon sommeil est meilleur.
Semaine 3: Des découvertes littéraires inattendues
Diversifier mes lectures m’a permis de sortir de mon silo. Finies, les recommandations d’algorithmes qui me proposent toujours la même chose! Place aux découvertes fortuites, aux coups de cœur imprévisibles, aux hasards heureux de la bibliothèque.
En sortant de mes romans d’amour habituels, j’ai découvert des univers que j’avais négligés. Des essais sur des sujets que je pensais loin de moi se sont révélés passionnants. Des autrices dont je connaissais l’existence, mais que je n’avais jamais lues sont devenues mes nouvelles références.
J’ai aussi redécouvert le plaisir de la lenteur. Dans notre monde où tout va plus vite que l’éclair, prendre le temps de bouquiner, de consulter le personnel de la biblio ou de la librairie de quartier, c’est devenu un acte de résistance contre la société de l’instantané.
Semaine 4: Une habitude de lire ancrée
La dernière semaine, je ne pouvais plus m’en passer. Lire un livre papier avant de dormir était devenu aussi automatique que me brosser les dents. Mon corps réclamait ce moment de lecture comme une personne qui fume réclame sa cigarette (une accoutumance heureusement plus saine).
J’ai aussi remarqué que ma capacité de concentration s’était nettement améliorée. Après des années à jongler sur ma tablette entre un livre, mes courriels, les différents réseaux sociaux, les notifications de toutes sortes, me concentrer sur une seule action (lire), un seul flux de pensée, c’était comme des vacances pour mon cerveau.
Est-ce que cet essai d’un mois m’a donné envie de continuer? Oui! Je suis devenue une militante du livre papier! Bon, je n’ai pas jeté ma tablette par la fenêtre non plus – je ne suis pas extrémiste –, mais j’ai retrouvé l’équilibre.
Je continue à lire quotidiennement, en alternant entre papier, tablettes et audio selon mes envies. Mais j’ai gardé l’habitude sacrée de terminer mes journées par quelques pages d’un vrai livre, et je fais des pèlerinages réguliers à la bibliothèque comme d’autres vont au spa.
Cette expérience m’a rappelé que non, on n’a pas besoin d’une application pour tout dans la vie. Parfois, un simple livre suffit à faire notre bonheur. Révolutionnaire, non?
Ce défi m’a aussi donné envie de ralentir dans d’autres aspects de ma vie. Si la lecture peut m’apporter tant de bien-être, qu’est-ce que je pourrais découvrir en prenant le temps de savourer d’autres moments du quotidien? À suivre!
Mes conseils pour se lancer dans la lecture
L’idée fait son chemin? Quelques petits trucs pour bien commencer.
Commencer petit. Pas besoin de faire un marathon littéraire. Quinze minutes avant de dormir, c’est déjà un bon début.
Varier les plaisirs! Romans, essais, BD… L’important, c’est de trouver ce qui nous fait vibrer. Et si ce sont les romans à l’eau de rose, l’assumer! La vie est trop courte pour faire la fine bouche.
Redécouvrir les bibliothèques! Ces endroits sont de véritables mines d’or. Et en plus, c’est écolo: on partage, on recycle, on découvre. Que demander de plus?
Voir la lecture comme un plaisir, pas comme une corvée. C’est un moment zen, une bulle de bonheur, un refuge antistress. Et contrairement à la télé, ça ne demande pas d’abonnement mensuel!
Merci à Chantal Tellier pour la rédaction de cet article.