On voit apparaître les premiers symptômes ou la première crise cardiaque vers 55 ans chez les hommes. Chez les femmes, c’est le plus souvent après l’âge de 65 ans. Les morts subites, comme celle de Jean-Marc Vallée, qui marquent l’imaginaire, arrivent davantage chez les hommes que chez les femmes. Ce sont les œstrogènes sécrétés de la puberté à la ménopause qui protègent en partie les femmes des risques de maladies cardiovasculaires.
Lorsque les taux d’œstrogènes chutent après la ménopause, le risque de maladie du cœur augmente progressivement dans les années qui suivent pour devenir équivalent à celui des hommes. C’est aussi vrai dans le cas d’une ménopause précoce qui surviendrait avant 45 ans, comparativement à l’âge moyen de 51 ans.
Fait à noter, le traitement hormonal de substitution prescrit à certaines femmes ménopausées ne prévient pas le risque cardiovasculaire, comme on le pensait dans les années 1980-1990. Mais il ne semble pas l’augmenter quand les autres facteurs de risque sont bien contrôlés. Si les femmes souffrent de symptômes de la ménopause qui affectent leur qualité de vie et qu’il n’y a pas de contre-indications au traitement hormonal, ce serait une bonne idée d’en discuter avec leur médecin.
Pas vraiment. La protection due aux œstrogènes n’est pas une garantie à 100 %! Si des facteurs de risque sont présents, il existe bel et bien un danger, même chez les femmes de moins de 35 ans. On pense par exemple au tabagisme, surtout s’il est associé à la prise d’un contraceptif hormonal. Peu importe qu’elles aient 20 ans ou 40 ans, les femmes qui fument devraient opter pour d’autres moyens de contraception ou, mieux encore, arrêter de fumer.
La grossesse demeure une période à surveiller. Comme le cœur doit travailler plus fort, il arrive parfois que se révèle une maladie cardiaque ignorée jusque-là. D’autre part, des problèmes associés à la grossesse, comme le diabète gestationnel, augmentent le risque de souffrir de maladies cardiovasculaires plus tard dans la vie.
Il ne faut pas non plus oublier que l’athérosclérose commence dès la vingtaine. Il s’agit d’une accumulation de graisses sur les parois des artères qui forment des plaques et rétrécissent les artères.
«Il est donc important de prendre soin de la santé de son cœur à tout âge, d’autant plus qu’on a noté une augmentation de la survenue de maladies cardiovasculaires chez des personnes de plus en plus jeunes dans les dernières années.»
— Dr Martin Juneau, cardiologue
Malheureusement, les progrès réalisés par la baisse du tabagisme ainsi que par l’amélioration des soins médicaux depuis les années 1970 sont en train d’être contrecarrés par des problèmes de santé en hausse dans nos sociétés d’abondance. L’obésité joue un rôle très important. Au Québec, 50 % de la population est en surpoids ou obèse. Sans en être l’unique cause, cette condition est couramment associée à des maladies chroniques comme le diabète et l’hypertension. Et on ne sait pas très bien pourquoi, mais ces facteurs de risque sont plus dangereux pour les femmes que pour les hommes. Les jeunes femmes ne sont donc pas à l’abri de l’augmentation des maladies cardiovasculaires prévue dans les prochaines décennies.
Oui, le stress est un facteur de risque, moins reconnu que le diabète et l’hypertension, mais bien réel. De nos jours, les femmes assument beaucoup de responsabilités. En plus du travail, elles s’occupent des enfants, du ménage, et sont parfois même proches aidantes pour un parent vieillissant. Le stress généré par la charge mentale contribue donc à augmenter le risque de maladies cardiovasculaires chez les femmes jeunes et moins jeunes.
Effectivement. Si les hommes et les femmes se plaignent souvent d’angine (douleurs et sensation de serrement dans la poitrine) avant une crise cardiaque, les femmes devraient aussi surveiller les symptômes suivants:
- Une douleur dans le haut du dos ou au ventre;
- Des nausées;
- De la transpiration;
- Des étourdissements ou des vertiges;
- Un essoufflement et une fatigue inhabituelle.
Comme ces symptômes sont atypiques, ils ne sont pas toujours interprétés comme des signes de danger. Les femmes sont donc moins enclines à se présenter à l’hôpital et sont souvent sous-diagnostiquées. Elles ne devraient pourtant pas hésiter à se rendre à l’urgence afin d’être traitées adéquatement.
Et après un infarctus, elles vont moins souvent que les hommes en réadaptation cardiaque. Elles pourraient pourtant y apprendre à bien gérer leurs facteurs de risque, leur médication ainsi que les situations stressantes pour diminuer les possibilités d’avoir un autre accident cardiovasculaire.
Les femmes doivent prendre au sérieux les maladies cardiovasculaires et être sensibilisées aux facteurs de risque. Après 40 ans, ou avant si elles présentent certains facteurs de risque, il est souhaitable qu’elles fassent mesurer leur glycémie (taux de sucre), leurs niveaux de cholestérol ainsi que leur tour de taille. Quant à la tension artérielle, il est recommandé de la faire mesurer lors de toute consultation médicale qui s’y prête.
La bonne nouvelle, c’est qu’on estime que 80 % des maladies cardiovasculaires prématurées pourraient être évitées en adoptant de saines habitudes de vie comme bien manger, bouger chaque jour, vivre sans fumée, gérer le stress, etc.
Plus tôt on met en place ces habitudes, mieux c’est! Car les personnes qui ne présentent pas de facteurs majeurs de risque de maladies cardiaques vers la quarantaine sont plus susceptibles de rester en bonne santé plus longtemps que les autres sur le long terme. Mais il n’est jamais trop tard pour s’y mettre!
Merci au Dr Martin Juneau, cardiologue à l’Institut de Cardiologie de Montréal et directeur scientifique de Capsana, initiatrice de TOUGO, pour sa collaboration à cet article.