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Petit guide pour faire face au masculinisme toxique

24 février 2026

Temps de lecture 4 minutes
une femme et une homme discutant dans un café
Dévalorisation, contrôle, discours antiféministes… Certains signes ne trompent pas. La psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier présente un petit guide clair et rassurant pour reconnaître les comportements masculinistes problématiques et mieux s’en protéger, en ligne comme dans la vraie vie.

Masculinisme: de quoi s’agit-il?

Le masculinisme positif

À la base, le masculinisme réfère à l’ensemble des revendications cherchant à promouvoir les droits des hommes et leurs intérêts dans la société. Il cherche à se pencher, par exemple, sur la santé mentale et le suicide au masculin, la paternité et les congés parentaux, les violences encore taboues subies par les hommes, l’identité masculine à notre époque ou encore la pression de performer ou d’être viril. Le masculinisme ainsi formulé est légitime, positif et complémentaire au féminisme, non pas opposé. C’est une masculinité positive qu’on cherche à promouvoir.

Quand le masculinisme devient problématique

Le masculinisme est toutefois souvent employé comme courant militant antiféministe. Il devient ainsi un mouvement réactionnaire et misogyne qui, en réaffirmant la masculinité traditionnelle, défend les privilèges masculins et lutte contre le féminisme.

Ce type de masculinisme mène à des comportements relationnels toxiques comme :

  • interrompre systématiquement les femmes en réunion en présupposant que sa propre opinion est plus légitime, son savoir, plus grand;
  • expliquer des choses simples à une femme sans réelle nécessité (mansplaining);
  • se moquer d’un homme qui exprime de la tristesse;
  • traiter une femme d’hystérique lorsqu’elle exprime de la colère;
  • croire que les hommes ont naturellement droit au rôle de leader dans une équipe ou dans la famille.

Ce ne sont que quelques exemples de dérapages du masculinisme qui peuvent jalonner le parcours de nos vies.

Ces comportements masculinistes sont inacceptables socialement, ont des effets psychologiques et affectent le bien-être, la santé mentale et le sentiment de sécurité. Il est important d’apprendre à se positionner face à de tels comportements toxiques et à s’en protéger lorsque nécessaire.

Repérer les signes de masculinisme toxique

Certains drapeaux rouges (signes) peuvent attirer notre attention et nous permettre de reconnaître la présence de masculinisme toxique chez une personne, par exemple :

  • Dévalorisation de tout ce qui est perçu comme «féminin» (ex.: faire preuve de sensibilité, prendre soin de soi, cuisiner);
  • Comportements sexistes;
  • Signes d’idéologies antiféministes (ex.: «Les femmes ont tous les droits»);
  • Discours stéréotypé sur la masculinité (ex.: richesse, popularité, forme physique, domination);
  • Encouragement de comportements inégalitaires (ex.: en couple, s’attendre à ce que la partenaire s’occupe des tâches domestiques);
  • Utilisation du contrôle comme preuve d’amour (ex.: surveillance des messages ou des sorties de l’autre);
  • Valorisation de la violence comme preuve de virilité (ex.: par la bataille, les cris ou la casse d’objets pour gérer les conflits);
  • Sexualisation ou objectification des femmes (ex.: adresser aux femmes des commentaires sur leur corps de façon inappropriée par rapport au contexte ou au type de relation);
  • Interdiction à soi-même de montrer ses émotions;
  • Attentes envers les comportements et les attitudes des femmes, qui devraient se soumettre aux désirs des hommes;
  • Manifestations de violence (ex.: violence conjugale).

11 stratégies pour se protéger contre le masculinisme toxique

1. Utiliser l’autodéfense verbale

On peut riposter clairement (ex.: «C’est sexiste», «Cette remarque est déplacée»,

«Les faits soutiennent mon propos. Par exemple, x, y, z…»).

Autre possibilité: exprimer ce que le propos de l’autre nous fait ressentir (ex.: «Quand tu me parles de cette façon, je me sens diminuée»).

2. Employer l’humour

«Tu es sérieux ou c’est une caricature?»

«Tu as une version courte ou tu continues à me faire ton tutoriel?»

L’humour est une stratégie puissante pour désarmer l’autre.

Des réactions tout aussi simples qu’un «Wow!» accompagné d’un hochement de tête ou d’une expression non verbale pour feindre la surprise peuvent aussi désamorcer la situation à la suite de propos choquants.

3. Mettre des limites claires

«Non

«Ça ne me convient pas.»

«Ce n’est pas dans mon mandat.»

«Tes attentes envers moi ne correspondent pas à mes valeurs

«Je ne suis pas du tout à l’aise de me confiner au rôle domestique uniquement, j’ai besoin de m’épanouir aussi autrement.»

4. Clore de façon très claire un échange qui dérape

«La conversation s’arrête là.»

«Je ne vais pas plus loin dans ce débat avec toi.»

«Je préfère ne pas aborder ce sujet avec toi. Nous ne sommes visiblement pas d’accord sur la question, et quand on en parle, j’ai l’impression que ça nous divise plutôt que de nous lier.»

5. Prendre sa place

«Je n’avais pas terminé. Comme je disais…»

Également, en réunion, prendre la parole lorsqu’on a une idée utile à la conversation, qu’on veut émettre notre opinion ou qu’on souhaite nuancer des idées entendues.

6. Savoir lâcher prise

Lorsque l’autre personne n’est pas ouverte à une réelle discussion, il convient de cesser d’essayer de la convaincre à tout prix. Si elle a besoin psychologiquement de maintenir ses croyances pour se défendre intérieurement, nos arguments n’y changeront rien: elle cherchera à nous placer dans un rôle précis ou à nous dénigrer, par exemple pour se protéger de ses propres souffrances.

7. Se protéger dans l’espace numérique

Bloquer des gens qui ont des propos désobligeants ou dénigrants ou signaler les messages qui le sont, se désabonner des pages qui proposent des contenus qui nous heurtent ou nous choquent.

8. Mettre fin à une relation si nécessaire

Prendre ses distances d’une personne ou couper carrément les liens avec elle lorsqu’on sent que la relation affecte notre bien-être et que nos tentatives d’ajuster la relation ont été vaines.

9. Se valoriser en tant que femme

S’affirmer à soi-même sa propre valeur, comprendre qu’on mérite le respect, que notre parole compte. Travailler sur sa confiance en soi, continuer d’être soi, de se développer («Je me choisis»).

10. En parler

Parler de ce qu’on vit à nos proches pour solliciter leur soutien et pour qu’ils et elles portent attention aux comportements désobligeants de l’autre à notre égard. Cela permet de se sentir moins seule, et ces proches pourront également réagir face aux actes et propos toxiques.

11. Demander de l’aide professionnelle

Si notre fonctionnement est affecté par des comportements masculinistes toxiques, qu’on ressent un mal-être, qu’on est en état d’hypervigilance ou encore qu’on souhaite travailler sur certains enjeux personnels (ex.: apprendre à mettre ses limites, à s’affirmer, à ne pas porter le poids de la culpabilité), il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel ou une professionnelle de la santé mentale qui pourra nous accompagner.

Situation menaçante?

Dans certains contextes, lorsque la situation devient menaçante ou qu’on a peur de ce que l’autre pourrait faire, il est essentiel de dénoncer, de porter plainte (par exemple au travail ou au service de police) ou de contacter les services d’urgence pour assurer sa protection.

Nous avons tous et toutes droit au respect, à la sécurité et à une vie où la violence est absente. Nous avons tous et toutes droit à des relations saines, exemptes de toxicité, qui nous permettent de prendre la place qui nous revient et qui nous permet de nous épanouir. Nous avons tous et toutes droit au bien-être, tant physique que psychologique. Personne n’a à accepter des comportements désobligeants ou menaçants à son égard. Tous genres confondus. Point.


Merci à la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier pour la rédaction de cet article.

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