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Prendre soin de soi malgré la pandémie

25 mai 2021

Temps de lecture 4 minutes
Pas facile de garder l’équilibre après plus d’un an de pandémie. On a été confrontés à toute la gamme des émotions depuis l’apparition de la COVID-19. Comment arriver à s’occuper de soi et des autres tout en favorisant sa santé mentale? On en discute avec le Dr Horacio Arruda.
Q
Personne n’était préparé à vivre la pandémie sur une aussi longue période. Est-ce pour aider les Québécois à mieux y faire face que vous avez lancé la campagne Soyez là pour vous comme vous l’êtes pour vos proches?
R

En pandémie, on n’a pas de contrôle sur plein de choses. Ça peut nous amener à nous sentir impuissant ou découragé. Cette situation nous affecte tous, à différents degrés, et il nous semblait important de rappeler qu’il est normal de ressentir des émotions négatives et d’offrir aux gens des pistes de solution et des outils pour qu’ils puissent prendre soin d’eux, de leur santé physique et mentale.

Q
Pensez-vous que la pandémie a permis de parler plus ouvertement de la santé mentale?
R

La pandémie et les mesures sanitaires qui y sont associées ont eu un impact important sur la santé mentale globale de la population, et les médias abordent davantage ce sujet maintenant. La pandémie a également mis en lumière les besoins criants en matière de santé et de maladie mentale au Québec et a permis des investissements majeurs dans ce secteur. Des mesures novatrices ont également été mises en place, notamment le «réseau d’éclaireurs», des travailleurs sociaux et des intervenants communautaires qui iront à la rencontre de la population pour aider les gens à briser l’isolement et mettre en place des programmes d’entraide adaptés qui demeureront après la pandémie.

Q
Quelle est la première chose à faire dans le contexte de pandémie pour garder l’équilibre?
R

Il faut tout d’abord accepter que nos mécanismes d’adaptation puissent être épuisés. C’est normal d’être plus irritable, ou plus impatient avec les enfants, ou de se sentir triste. Il ne faut pas se sentir coupable de ce qu’on vit. Ce n’est pas parce qu’on est faible. L’être humain n’est pas une machine, il a des émotions!

Il est aussi très important de respecter ses limites, de ne pas hésiter à demander de l’aide, à déléguer certaines tâches lorsque c’est possible à son conjoint ou sa conjointe, ou même aux enfants. Ce n’est pas un signe de faiblesse. Il ne faut pas attendre d’être rendu à bout avant de demander de l’aide. Utilisez les ressources d’organismes offrant de l’écoute ou du soutien téléphonique ou en ligne si nécessaire pour vous aider à gérer vos émotions et à développer de nouvelles stratégies pour faire face au stress.

Et aussi, il est primordial de s’accorder chaque jour un petit moment de plaisir. Même si c’est difficile parce qu’on manque de temps. Ça peut être prendre un bain chaud, lire un livre, écouter de la musique, passer du temps avec son animal de compagnie… C’est à chacun de voir ce qui lui fait du bien. Ça n’a l’air de rien, mais ça apporte un certain équilibre.

Q
Et les autres? Comment faire si on doit aussi s’occuper de nos proches (enfants, parents, etc.)?
R

Il faut prendre soin de soi si on veut pouvoir prendre soin des autres. C’est comme dans un avion. Si on accompagne un enfant ou une personne qui a besoin d’aide, la consigne spécifie bien qu’il faut mettre son propre masque d’abord, puis on aide l’autre personne à mettre le sien. Sinon, on aura bien du mal à s’occuper de l’autre si on n’est pas en mesure de respirer. C’est la même chose en temps de pandémie.

Il faut aussi comprendre que les autres peuvent vivre du stress. C’est normal que les enfants ou les ados deviennent plus turbulents ou inquiets. Ils cherchent de l’attention. C’est de l’anxiété en fin de compte. On peut prendre le temps de s’asseoir avec son enfant, de lui demander ce qui se passe, de l’aider à verbaliser ce qu’il vit. C’est bien aussi d’être à l’écoute des signes d’impatience et d’angoisse chez les adultes qui nous entourent, notre conjoint ou conjointe, nos amis, nos collègues, et prendre le temps de leur demander ce qui ne va pas. Juste en parler, souvent, ça fait du bien.

Q
Avez-vous d’autres conseils pour mieux vivre la situation actuelle?
R

Il est évidemment important de faire de l’exercice tous les jours, de faire en sorte de bien dormir et de manger sainement. C’est la base.

J’ajouterais qu’il faut s’informer judicieusement si on est sujet à l’anxiété. Se tourner vers des sources officielles, limiter le temps passé sur les réseaux sociaux et les utiliser peut-être davantage pour garder contact avec ses proches.

Beaucoup de personnes apprécient le télétravail, mais il faut faire attention aux effets pervers et garder du temps pour notre vie personnelle: sortir faire une marche, éviter de manger devant son ordi, garder contact avec ses amis et collègues, leur dire à quel point on les apprécie, et instiller un peu d’humour dans nos réunions Zoom! Et ne pas oublier de savoir se déconnecter hors du travail!

C’est aussi important de prendre de grandes respirations. Ça aide à se calmer. C’est ce que je fais avant chaque point de presse pour me préparer, sachant que ce ne sera pas facile. C’est par les choses difficiles qu’on apprend le plus, mais il faut rester zen.

La pandémie entraîne énormément d’effets négatifs, mais moi, je préfère voir le verre à moitié plein. Elle aura peut-être permis aux gens d’apprendre à mieux se connaître. Elle nous aura aussi permis de prendre conscience à quel point ce qu’on tenait pour acquis – comme les rencontres familiales, les soupers entre amis – est important et comment on sera heureux de retrouver ces joies simples quand tout cela sera derrière nous.

Pour en apprendre davantage, consultez la page Web Aller mieux en contexte de pandémie du Gouvernement du Québec.


Merci au Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint, pour sa collaboration à cet article.

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